Non. C'est faux. A la base, j'aurai bien aimé être fille de notaire ou fille de ministre, ou encore fille du roi tiens... Quoi que non, il aurait fallu que je sourie tout le temps, que je me tape des musées et des spectacles qui ne me bottent pas du tout, que je sorte de chez moi toujours superbement habillée. Et moi, j'aime être moi-même. J'en parlerai prochainement d'ailleurs.

Mais j'aurais bien voulu ne pas avoir à travailler et pouvoir profiter des petits bonheur de la vie, profiter de mes passions, voyager, prendre le temps avec les gens que j'aime. Ne pas toujours courir après le temps, ne pas toujours me dire que je ne peux pas me payer ce superbe manteau ou ces belles chaussures. Du coup, il me fallait un travail !

Commençons par le commencement et parlons de mes rêves de gamine.

Je n'ai jamais su exactement ce que je voulais faire plus tard mais tout ce que j'avais bien compris c'est que, si je voulais avoir un jour mon cheval, il me faudrait avoir ma maison à moi et par conséquent un boulot. Pour avoir un boulot, il faut être une grande. Du coup, j'avais résumé mes rêves à : Je veux être adulte !

Tout au long de mon enfance et de mon adolescence, j'ai virevolté entre tout un tas d'envies.

Pour commencer, je voulais être vétérinaire. J'adorais le fait de pouvoir sauver des vies animales et redonner le sourire à des maîtres inquiets. Je voulais être maître chien pisteur et partir dans les décombres avec mon fidèle toutou, un Berger Allemand, à la recherche de corps. Je voulais être dans la police équine et, du haut de mon cheval, calmer les gens dans les manifestations. Je voulais être éducateur spécialisé et aider des adolescents dans un état de mal-être préoccupant. Je voulais... Je voulais... Cela changeait régulièrement et parfois ces envies étaient différentes parfois elles étaient ressemblantes.

J'ai fait des études en secrétariat. Je sais, cela n'avait rien à voir avec mes rêves d'enfant. J'étais assez douée dans mes études et je m'y plaisais beaucoup. Après tout, l'orthographe était mon point fort. J'aimais écrire. Par contre, j'étais vraiment nulle en math' et ces études parlaient beaucoup de comptabilité aussi. Je peinais entre les comptes en T et les bilans initial et final mais je tenais bon. Plus qu'un an à tenir, je suis en 5e. Beaucoup de problèmes à la maison, le divorce tant attendu de mes parents, je reste vivre avec maman et n'aurai plus jamais de nouvelles de mon géniteur. Le décès de Parrain, mon grand-père, que j'ai difficile à accepter. Et quelques professeurs vraiment méchants dont un qui me dégoûte même du français. Plus qu'un an et j'ai mon diplôme. Ha non, je double. J'en ai marre. Je décroche scolairement. Je m'écroule. Je n'en peux plus.

Je commence des études de puériculture en cours par alternance. La semaine je travaille en crèche, le samedi je suis sur les bancs de l'école. Ça, j'aime bien. Je me plais à la crèche dans laquelle je travaille et je plais à ma patronne. Je suis épanouie et je prends plaisir à venir chaque jour travailler. Certes, je me lève très souvent à 4 heures du matin et parfois à 18 heures seulement je rentre chez moi, tout cela pour 400 € de salaire, mais j'aime mon job, j'aime les enfants avec lesquels je suis, je passe de bons moments et je ris même énormément. Et puis je tombe enceinte et le découvre à 13 semaines. Ce n'était vraiment pas prévu puisque je prenais la pilule. Sans un mot d'explication, je suis écartée de la crèche. Je ne comprends pas. Ma patronne qui avait parlé de m'engager après mes études ne veut plus que je vienne travailler. Les premiers mois, je suis malade et fort fatiguée, je rate des jours d'école. Et puis je n'ai plus de boulot donc plus de revenus. J'arrête l'école. Loulou naît quelques mois plus tard et je mets alors à profit ce que j'ai appris au court de ma courte expérience en crèche et à l'école.

Je reviens à mon idée de sauver des vies animales mais l'idée de suivre plus de 5 années d'études avec un enfant en bas âge et un travail afin de subvenir à nos besoins m'est impossible à imaginer. Je commence donc des études en tant qu'assistante vétérinaire, cours par alternance également. J'aime ce que je fais, j'aime ce contact avec les animaux, le fait de pouvoir les rassurer et prendre soin d'eux. J'ai un coeur énorme, un peu trop énorme je pense, et je m'attache à chaque animal. Aussi, lorsqu'un militaire doit faire euthanasier son chien malade, je pleure avec lui. Je vous passe la tonne d'exemples vécus qui m'ont donné la larme à l'oeil. Je pars aussi au combat pour le bien être animal et m'engueule régulièrement avec mon patron qui a l'euthanasie facile lorsque les maîtres partent en vacances et abandonnent leur animal à l'aiguille fatale. Je me décarcasse pour tous les sauver et surtout tous les placer. En parlant de patron d'ailleurs, il ne me paie pas. Il a toujours une excuse pour ne pas me payer. Soucis avec la banque, soucis avec sa femme, soucis à la clinique vétérinaire. Je ne dis rien, je suis là pour apprendre, je ne me plains pas. Il m'agresse plusieurs fois parce qu'il aimerait que je travaille aussi les week-end, il ose me dire que je ne m'implique pas assez alors que je suis à la clinique à 6h du mat' et que je ne sais jamais quand je vais terminer, parfois je fais même une garde et y passe la nuit. Je crée un système de cartes de rappel de vaccins qui permet aux maîtres de tenir à jour les vaccinations, je crée une clientèle fidèle et les gens demandent souvent après moi lorsque je me permets un petit jour de repos. Je me fatigue énormément, autant dans mes combats pour les animaux que dans la vie active tout court. J'ai du mal à gérer mes études, mon boulot, mon fils, ma vie de couple, l'association de protection animal pour laquelle je suis bénévole. Un matin, le plafond de la chambre me tombe dessus. Je suis blessée à la tête et de l'eau coule partout. Le tuyau de la baignoire de la voisine du dessus avait une fuite, je présume qu'avec les mois de bains et douches quotidiens, tout a lâché. Je préviens mon patron qu'exceptionnellement, aujourd'hui, je ne serai pas là. Je dois régler le souci de plafond mais je dois aussi me soigner, j'ai mal et ça saigne. Pour seule réponse, mon patron me dit que je suis une fainéante et que je n'ai simplement pas envie d'aller travailler. Il ne me reverra plus ! Je mets à profit mes études et mon expérience pour mes animaux ainsi que pour ceux de mes proches. Je ne me prétends pas pour autant praticienne vétérinaire mais si je peux aider à faire des soins lors de bobos ou post-opératoires, si je peux donner un médicament ou autre, je suis toujours là. Ça me fait plaisir.

Je vous épargne mes quelques tentatives de travail dans des supermarchés. Je ne m'y plais simplement pas. Je n'aime pas les clients qui pensent que, parce qu'ils m'achètent des articles, ils ont le droit de n'avoir aucune forme de politesse envers moi. Je ne me plais pas. Je partirai d'un des magasins le jour même où le patron m'a ordonné de surveiller ce pauvre SDF qui comptait les sous récoltés dans un coin du supermarché pour nourrir le chat qu'il avait sur ses épaules et qui l'accompagnait partout. Moi et mon amour des animaux.

J'ai cherché MON boulot. J'ai passé un examen, trois pour être exacte. Un examen écrit, un test psychologique et une interview. J'ai réussi. Ce job m'a premièrement donné l'impression d'avoir vu de la lumière et d'être rentrée voir. J'ai débarqué de nulle part et en connaissant mon palmarès études/profession, je ne suis pas à ma place. Mais ce n'est pas un job pour lequel, enfant, tu te dis "Je ferai ça plus tard". Je fais partie de ceux qui assurent la sécurité des civils en maintenant des personnes prévenues ou condamnées au sein d'un établissement. Une sorte de Passe-Partout des temps modernes dans un Fort-Boyard un peu particulier. Cela fait huit ans que je travaille là dedans et je m'y plais.

Étrangement, moi qui n'aime pas des masses l'espèce humaine, j'aime ce contact avec ceux que j'appelle "mes clients" dans l'unique but de ne choquer personne et dédramatiser la situation. Mon boulot est souvent pointé du doigt, on ne nous aime pas mais on aime à nous insulter ou nous agresser. Malgré cela, j'aime ce travail. J'y ai rencontré des clients vraiment intéressants qui m'ont permis de réfléchir et de grandir. J'ai pris plaisir à discuter avec certains et essayer de comprendre comment fonctionnait l'être humain. J'ai aussi pu donner matière à réfléchir à certains clients dont quelques uns ne sont plus jamais revenus. Je sais que je ne sauverai pas le monde mais par ma petite contribution, si je peux aider à faire changer une personne qui, à son tour, fera changer une autre, c'est gagné.

J'ai aussi appris à moins me prendre la tête, à profiter de petits bonheur de tous les jours et à réfléchir. Je suis moins impulsive même si j'ai toujours un caractère fort - je pense même qu'avec ce job, il a empiré - mais je sais me contrôler à présent et je tenterai toujours d'éviter les conflits. Mais si je n'en ai pas la possibilité, je serai là au front. Ce boulot m'a apprise à me connaître, à me comprendre, à me contrôler ou du moins à ne pas exploser tout de suite, j'ai aussi appris à parler et surtout à écouter. J'ai grandit et j'aime qui je suis devenue.

J'ai toujour voulu un boulot mais ce que je voulais avant tout, c'était être une adulte heureuse et épanouie...